Malnuit_caleseche021Photo Véronique Cattiaux

« Un bouquiniste me dit : « Je viens d’acheter un Malnuit, une marine. »
« Un bateau en cale sèche ? » « Oui. Comment tu sais ça ? »

Sanary-sur-Mer, on est à peu près en 1964, Malnuit et moi, on traîne sur le port, glandeurs. Je suis intéressé par un drôle de manège, on s’approche, badauds. Les ouvriers du petit chantier naval sortent de l’eau un vieux chalutier plein de moules, une pente douce dans le bassin, une voie ferrée, un chariot tout rouillé, des longerons, des madriers et un treuil qui extirpent le rafiot hors de son élément. Il sort de l’eau comme Ursula Andress dans Docteur No. Je regarde la manœuvre, rigolard, en attendant un gag et en pensant à Ursula qui n’a pas autant de moules que ça. Malnuit lui regarde le graphisme, les lignes, la matière, le brun de la rouille. Il revient le lendemain, les peintres ont commencé à décaper la coque du navire. Malnuit plante son chevalet.
Le soir, on va à Bandol, exposition sauvage, les dessins et les peintures sont à même le trottoir. C’est combien ? Vendu ! La cale sèche est vendue, on remballe tout et on file au bistrot.
Le lendemain, Malnuit en fait une autre. Je m’y mets. Feutres sur papier, je privilégie le trait, le dessin serré, les hachures. Malnuit, lui, peint à l’huile au couteau.
Malnuit en a peint beaucoup de ces “cales sèches” séduit par les grandes verticales enserrant la rondeur de la coque et par le ton sur ton brun rouille et blanc.
Le père Clarbèque lui commande une longue frise de bateaux en cales sèches pour le Claridge à Grenoble.
Fin août, le patron du Nautique de Sanary me demande : « Je voudrais un bateau comme tu fais avec les bastaings et la ferraille. » «  J’en ai sur papier dans mon carton, là. » «  Non, non je veux une vraie peinture … à l’huile. »
Malnuit était rentré à Saint-Mar rendre la deuche à Honoré.
Je prends le car pour Toulon, j’achète une grande toile, une brosse, un tube de blanc, un tube de terre de Sienne, un tube de noir et une bouteille de térébenthine.
Direction le chantier naval. Banco. Je peux prolonger notre séjour de quinze jours. Je viens de rencontrer Denise, on campe dans un verger de l'oncle à Mino.
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